ALGOSPHÈRE

Une entreprise à propos de la souffrance

LE DOMAINE DU TRAVAIL SUR LA SOUFFRANCE

Algosphère est une entreprise qui réalise des projets de recherche, de communication et d'action pratique à propos de la souffrance, particulièrement dans le but de développer un nouveau domaine de travail consacré à la connaissance et à la gestion de la souffrance.

Pourquoi développer un tel domaine? Considérons ce qui suit.

Toutes les grandes sphères de l'activité humaine ont affaire à la souffrance, d'une manière ou d'une autre:

la politique, la religion, les soins de santé, les affaires sociales, l'économie, le droit, l'art, la littérature, la philosophie, l'éthique, l'actualité, l'environnement, l'éducation, la science, l'histoire, la guerre, le crime, le travail, le sport, les relations interpersonnelles, la vie personnelle, etc.

D'autres champs, plus spécialisés, s'occupent particulièrement de la souffrance, bien que ce ne soit pas là leur objet d'intérêt premier. Tels sont par exemple:

la médecine, le service social, la sécurité sociale, l'aide au développement économique, la défense des droits humains, le bien-être animal, les sanctions judiciaires, l'infliction de la torture, les secours en cas de catastrophe, certaines parties des sciences biologiques ou psychologiques ou sociales, etc.

Donc, il y a plusieurs domaines d'activité qui s'occupent de la souffrance par rapport à autre chose, à l'État, ou à Dieu, ou à la santé, ou au bien-être, ou à la richesse, ou à la justice, etc. À vrai dire, cependant, aucun domaine ne s'occupe de la souffrance en tant que telle, en tant qu'objet d'intérêt principal. Conséquemment, si la souffrance dans le monde est toujours aussi mal maîtrisée, à ce qu'il semble, malgré une préoccupation extrêmement répandue à son égard depuis des millénaires, c'est peut-être parce qu'il a été impossible jusqu'à présent de travailler sur elle dans un cadre d'ensemble qui lui soit propre.

Alors, une idée évidente se propose ici, qui est de développer, aux côtés des autres domaines mentionnés ci-dessus, une toute nouvelle sphère de travail, une façon supplémentaire et tout à fait différente d'aborder le monde et ses problèmes, un nouveau domaine d'activité portant sur la souffrance même et sur tout ce qui la concerne de près ou de loin.

Il est suggéré d'appeler algonomie le domaine de travail qui a la souffrance comme objet spécifique, universel et exclusif. Le terme est formé de deux mots grecs anciens: algos, qui veut dire douleur ou souffrance, et nomos, qui évoque les notions de domaine, de gestion et de connaissance. Conformément à cette définition suggérée, une activité à propos de la souffrance peut être dite algonomique si elle concerne la souffrance, toute la souffrance, et rien que la souffrance.

Comme cadre de travail, l'algonomie offre des innovations apparemment indispensables:

LES PROJETS D'ALGOSHÈRE

Pour prendre connaissance du contexte où se situe l'entreprise Algosphère et où est apparue l'idée d'algonomie, on peut consulter la page personnelle de Robert Daoust.

Les projets d'Algosphère sont actuellement les suivants. Les suggestions pour de nouveaux projets sont bienvenues. L'anglais est la langue principalement utilisée jusqu'à présent au cours de ces projets, mais d'autres langues peuvent être utilisées si on le désire.

Site internet pour la promotion de l'algonomie — Ce projet consiste à utiliser le site algosphere.org comme médium pour promouvoir l'algonomie.

Introduction à l'algoscience — Ce projet consiste à produire, sur le site d'Algosphère et éventuellement sous la forme d'un livre, un document qui présente les premiers éléments d'une nouvelle discipline ayant la souffrance pour objet. Voir Introduction to Algoscience.

Revue des ouvrages précurseurs pour une algonomie Ce projet consiste à contribuer au développement de l'algonomie à travers une rédaction en commun de textes: voir Algonomy — Review of Precursor Works. Plus précisément, la tâche actuelle dans ce projet est d'élaborer un discours algonomique fondateur qui soit relié à la culture écrite existante, en utilisant comme base les ouvrages qui figurent sous Precursor Works for an Algonomy.

Wikipedia

Collaboration à Wikipédia à propos de la souffrance Ce projet consiste à collaborer à l'encyclopédie Wikipédia pour amener à un niveau de grande qualité les articles relatifs à la souffrance, en commençant par l'article Suffering en anglais. On espère que l'algonomie pourra tirer profit de Wikipédia en tant que lieu de savoir très fréquenté, et que réciproquement Wikipédia pourra tirer profit de la perspective encyclopédique de l'algonomie sur la souffrance.

Blogs à propos de la souffrance Ce projet consiste à établir solidement au moins un premier blog d'inspiration algonomique. Les articles portent principalement sur divers documents et événements où l'on parle de la souffrance comme d'une préoccupation primordiale. Le but poursuivi est de développer l'algonomie en établissant des liens avec les gens les plus susceptibles de bénéficier du nouveau domaine ou d'y contribuer. Un blog en français Sur la souffrance et un blog  en anglais About Suffering ont été commencés en septembre 2006. Deux autres blogs, plus éclectiques, ont été commencés en février 2007: De tout à propos de la souffrance et Everything on the Topic of Suffering.

Association pour le développement de l'algonomie — Ce projet consiste à réunir au moins trois personnes en vue de former une organisation sans but lucratif consacrée à l'avancement de l'algonomie. Les individus intéressés peuvent écrire à info@algosphere.org.

CITATIONS

Citation du Bouddha «Voici, ô moines, la Vérité Noble sur la souffrance: la naissance est souffrance, la vieillesse est souffrance, la maladie est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce que l’on n’aime pas est souffrance, être séparé de ce que l’on aime est souffrance, ne pas obtenir ce que l’on désire est souffrance. En résumé, les cinq agrégats d’attachement sont souffrance.  Voici, ô moines, la Vérité Noble sur la cause de la souffrance: c’est la "soif" qui produit la réexistence et le redevenir, qui est liée à une avidité passionnée et qui trouve une nouvelle jouissance tantôt ici, tantôt là, c’est-à-dire la soif des plaisirs des sens, la soif de l’existence et du devenir et la soif de la nonexistence. Voici, ô moines, la Vérité Noble sur la cessation de la souffrance: c’est la cessation complète de cette soif, la délaisser, y renoncer, s’en libérer, s’en débarrasser. Voici, ô moines, la Vérité Noble sur le sentier conduisant à la cessation de la souffrance: c’est le Noble Sentier Octuple, à savoir la vue juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, le moyen d’existence juste, l’effort juste, l’attention juste et la concentration juste.» (Tiré du premier discours du Bouddha La mise en mouvement de la roue de la Loi)

Citation du Christ «Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite: Venez, vous qui êtes bénis de mon Père; prenez possession du royaume qui vous a été préparé dès la fondation du monde. Car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger; j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'étais étranger, et vous m'avez recueilli; j'étais nu, et vous m'avez vêtu; j'étais malade, et vous m'avez visité; j'étais en prison, et vous êtes venus vers moi. Les justes lui répondront: Seigneur, quand t'avons-nous vu avoir faim, et t'avons-nous donné à manger; ou avoir soif, et t'avons-nous donné à boire? Quand t'avons-nous vu étranger, et t'avons-nous recueilli; ou nu, et t'avons-nous vêtu? Quand t'avons-nous vu malade, ou en prison, et sommes-nous allés vers toi? Et le roi leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous les avez faites. Ensuite il dira à ceux qui seront à sa gauche: Retirez-vous de moi, maudits; allez dans le feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges. Car j'ai eu faim, et vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif, et vous ne m'avez pas donné à boire; j'étais étranger, et vous ne m'avez pas recueilli; j'étais nu, et vous ne m'avez pas vêtu; j'étais malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité. Ils répondront aussi: Seigneur, quand t'avons-nous vu ayant faim, ou ayant soif, ou étranger, ou nu, ou malade, ou en prison, et ne t'avons-nous pas assisté? Et il leur répondra: Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous n'avez pas fait ces choses à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne les avez pas faites. Et ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle.» (Évangile selon Matthieu, chapitre 25, versets 34-46)

Citation de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge «Né du souci de porter secours sans discrimination aux blessés des champs de bataille, le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, sous son aspect international et national s'efforce de prévenir et d'alléger en toutes circonstances les souffrances des hommes.» (Site de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge)

Citation de Friedrich Nietzsche «Hédonisme, pessimisme, utilitarisme, eudémonisme, toutes ces philosophies qui mesurent la valeur des choses d’après le plaisir et la douleur, c’est-à-dire d’après des états d’ordre secondaire et des phénomènes accessoires, sont des philosophies superficielles et des naïvetés que toute personne douée de pouvoirs créatifs et d’une conscience d’artiste ne peut que regarder de haut, avec moquerie et pitié. Pitié pour vous! Certes, ce n’est pas la pitié telle que vous l’entendez; ce n’est pas avoir pitié de la "misère sociale", de la "société", de ses malades, de ses accidentés et de ses vicieux ou estropiés de naissance, comme il en gît tout autour de nous. C’est encore moins avoir pitié des esclaves murmurants, opprimés, rebelles, qui aspirent à la domination, – qu’ils appellent "liberté". Notre pitié est une pitié supérieure et qui voit plus loin: nous voyons l’homme rapetisser, et c’est vous qui le rapetissez! Il y a des moments où c’est votre pitié, précisément, que nous considérons avec une angoisse indicible, où nous luttons obstinément contre cette pitié-là, où nous trouvons votre sérieux plus dangereux que n’importe quelle frivolité. Vous voulez, "si possible" – et il n’y a pas de "si possible" plus extravagant – abolir la souffrance. Et nous? Il semble au contraire que nous la voudrions encore plus haute et plus mauvaise qu’elle n’a jamais été. Le bien-être, tel que vous le concevez, ce n’est pas un but à nos yeux mais une fin: un état qui rend bientôt l’homme ridicule et méprisable, qui fait souhaiter sa disparition. La discipline de la souffrance, de la grande souffrance – ne savez-vous pas que c’est seulement cette discipline qui toujours a permis à l’homme de s’élever? Cette tension que le malheur donne à l’âme et la vigueur qu’elle y acquiert, son frisson devant la grande catastrophe, son ingéniosité et sa vaillance à supporter le malheur, à l’endurer, à l’interpréter, à l’exploiter, et tout ce qui vous a jamais été donné de profondeur, de secret, de masque, d’esprit, de ruse, de grandeur, – tout cela n’a-t-il pas été acquis par la souffrance, par la discipline de la grande souffrance? En l’homme, créature et créateur se trouvent réunis. L’homme est matière, fragment, superflu, argile, boue, sottise, chaos, mais il est aussi créateur, sculpteur, marteau impitoyable, et divinité qui au septième jour contemple son œuvre – comprenez-vous ce contraste? Et que votre pitié s’adresse à la "créature dans l’homme", à ce qui doit être nécessairement formé, brisé, forgé, démoli, brûlé, porté au rouge, purifié de ses scories, – à ce qui nécessairement souffrira et doit souffrir? Et notre pitié, ne comprenez-vous pas à qui elle s’adresse, notre pitié à l’envers, quand elle lutte obstinément contre la vôtre, qui est le pire des amollissements, la pire de toutes les faiblesses? – Ainsi pitié contre pitié! – Mais, répétons-le, il y a des problèmes plus élevés que tous ces problèmes de plaisir, de douleur et de pitié, et toute philosophie qui ne se ramène qu’à cela est une naïveté.» (Par-delà le bien et le mal Prélude à une philosophie de l'avenir, section 225)

Citation d'Albert Camus «Dans son plus grand effort l’homme ne peut que se proposer de diminuer arithmétiquement la douleur du monde.» (L'Homme révolté)

Citation de l'International Association for the study of pain (IASP) / Association internationale pour l'étude de la douleur «La douleur, particulièrement la douleur chronique, constitue une menace importante pour la qualité de la vie à travers le monde, et elle le sera davantage à mesure que l'âge moyen des gens s'accroîtra. Dans les pays en voie de développement la prolifération des "maladies tueuses" engendre une énorme quantité de douleur pour laquelle il y a peu ou pas de soulagement disponible. Cela est particulièrement vrai pour les patients atteints du VIH/SIDA et du cancer, mais également pour les millions de personnes qui souffrent à cause d'un accident de la route, d'un accouchement, d'une guerre ou même suite à une chirurgie. Le contrôle de la douleur a été un secteur d'action gouvernementale plutôt négligé dans le passé, malgré le fait que des méthodes économiquement efficientes soient disponibles pour contrôler la douleur. Le temps est mûr à présent pour amener la douleur au devant de la scène, pour faire reconnaître la douleur chronique et ses conséquences comme une maladie en soi et un problème de santé majeur, et puis d'abord et avant tout pour amener l'ensemble des gens à la réalisation d'une vérité fondamentale – le soulagement de la douleur devrait figurer parmi les droits de la personne.» (Site de l'IASP)

Citation de Ralph Siu «Après avoir analysé les inflictions mutuelles de souffrance que presque tous les êtres humains se font subir continuellement et la négligence que manifeste la communauté académique envers cette tare omniprésente, je préconise la création immédiate d'une nouvelle et vigoureuse discipline académique, appelée panétique, ayant pour objet l'étude de l'infliction de la souffrance.» (Ralph G.H. Siu, Panetics − The Study of the Infliction of Suffering, Journal of Humanistic Psychology, Vol. 28 No. 3, Summer 1988.) (Voyez le site Internet de l'International Society for Panetics, une société vouée à l'étude et au développement de méthodes pour réduire l'infliction de la souffrance humaine par les individus agissant à travers les professions, les corporations, les gouvernements et d'autres groupes sociaux.)

Citation de David Pearce «L'Impératif hédoniste expose en bref comment l'ingénierie génétique et la nanotechnologie vont abolir la souffrance chez tous les êtres vivants. Le projet abolitionniste est énormément ambitieux mais techniquement faisable. Il est aussi extrêmement rationnel et moralement urgent. Les voies métaboliques de la douleur et du malaise ont évolué en nous parce qu'elles favorisaient la survie de nos gènes dans l'environnement de nos ancêtres. Elles seront remplacées par une différente sorte d'architecture neurale. Les états sublimes de bien-être sont destinés à devenir la norme génétiquement préprogrammée de la santé mentale. Il est prédit que l'on pourra dater précisément le moment où sera éprouvée la dernière expérience désagréable au monde. Il y a 200 ans, les puissants médicaments synthétiques contre la douleur et les anesthésiques chirurgicaux étaient inconnus. Il aurait semblé absurde que la douleur physique puisse être bannie de la vie de la plupart des gens. Aujourd'hui, la plupart d'entre nous, dans les nations techniquement avancées, prenons pour acquise son habituelle absence. Il est tout aussi contre-intuitif d'imaginer qu'un jour la douleur dite psychologique puisse également être bannie. Le fait que son abolition soit réalisable transforme sa conservation délibérée en une question de politique sociale et de choix éthique.» (The Hedonistic Imperative)

Citation de Iain Wilkinson (qui propose une 'sociologie de la souffrance')  «L'étude sociologique de la souffrance humaine nous demande de questionner, et d'outrepasser s'il y a lieu, les frontières disciplinaires qui nous cantonnent dans les champs étroits de l'expertise technique. Dans la mesure du possible, nous devrions nous intéresser à la réalité fort diversifiée de l'expérience humaine; car 'le problème de la souffrance' s'étend à tous les aspect de notre personnalité. De plus, il semble que porter attention à la réalité existentielle de ce phénomène nous force pratiquement à remettre en cause le sens profond et la valeur de notre travail (...). L'impact négatif de la souffrance dans nos vies est tel qu'il remet en question nos opinions fondamentales. En conséquence, nous devrions nous attendre à ce que toute recherche ou rédaction dans ce domaine comporte un engagement critique à l'égard de la morale et de la politique contemporaines. Finalement, dans la mesure où c'est sous l'angle d'une tentative de comprendre 'la difficulté de comprendre' que sont abordés certains aspects les plus cruciaux de ce que la souffrance fait aux gens, il se peut fort bien que ce champ d'étude s'avère l'un des lieux majeurs où la sociologie doive confronter les échecs de son savoir, de ses méthodes et de sa pensée. Cependant, ai-je soutenu, de telles failles pourraient bien s'avérer inéluctablement liée au travail de 'penser avec la souffrance'.» (Suffering – A Sociological Introduction, page 165)

L'arrière-plan sur cette page montre des neurones qui évoquent la nature neurologique de la souffrance.

© Algosphère, Montréal 2008

Dernière modification: 2008/12/20

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